Le Liban: la crise économique dévaste le pays en les Libanais s’attendent à la famine.

Le Liban: la crise économique dévaste le pays en les Libanais s’attendent à la famine.
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Par Safa Sarah* |

Le Liban, un pays distinct de par sa situation géographique et géostratégique, situé au bord de Méditerranée. Le pays est riche en eau et en ressources pétrolières et gazières, source de son malheur, le pays n’a jamais connu une stabilité politique ni économique à long terme. Dans le Moyen Orient, Le Liban comme la Syrie aussi ne ressemble pas énormément aux autres pays arabes. De par sa composition politique, économique et démographique. Le pays abrite une grande partie des minorités religieuses et ethniques qui existe dans le monde arabo musulman, et une diversité confessionnelle impressionnante, ainsi qu’une grande population de réfugiés palestinienne et syrienne. Ses facteurs entre autres ont toujours fait qu’il soit ainsi captif des secousses régionales et des interventions étrangères depuis la fin de la guerre civile, qui lui a fait hériter un système politique vulnérable, basé sur une division des rôles et des fonctions sur base religieux et une structure économique basé sur le système de quotas.
En 2020, et dans un contexte régional marquant la fin de la guerre en Syrie et le début de la crise mondiale du Coronavirus, le Liban s’est retrouvé d’un coup en face d’une des crises économiques les pires au monde, et une fraude bancaire sans précèdent. Cette crise a eu des répercussions majeures sur la piste politique, économique, et sociétale. En octobre 2019 et plus notamment durant la nuit du 17 octobre, des contestations populaires immenses ont eu lieu dans la capitale, après l’annonce de nouveaux impôts sur l’essence, le tabac et les appels en ligne dans le contexte d’une impasse économique qui traverse le pays depuis près d’un an. Les manifestants faisaient appel à la démission du gouvernement présidé par Saad Hariri, l’instauration d’un Etat laïque, et le remplacement du gouvernement actuel par un gouvernement de technocrates par le biais d’élection anticipée.
Suite à ces manifestations, les banques dont la plupart appartenant au secteur privé mais dont pas mal d’hommes politique sont impliqués, prirent la décision de fermer leurs portes annonçant le gel et la détention des avoirs des déposants sans aucun avertissement préalable.
En Mars 2020, le Premier ministre sortant du « gouvernement technocrate », Hassan Diab, a annoncé aux Libanais que le pays ne remboursera pas sa dette en euroobligations arrivant à échéance. Lors d’un discours qu’il a prononcé depuis le Sérail, Diab a déclaré que : « le gouvernement en place ne payera pas ses créanciers alors que les libanais ne peuvent pas accéder à leurs fonds à partir de leurs comptes bancaires et que les hôpitaux souffrent d’une pénurie de fournitures médicales, quand une partie des citoyens n’ont plus les moyens de s’acheter du pain… ».
Ce n’était que le début du cauchemar que les libanais continuent à subir sans aucun espoir pour des solutions proches.
Par conséquent, la situation économique du pays continue à se détériorer d’une façon ahurissante, la banque centrale du Liban est en état de faillite non déclarée officiellement, marquant un premier défaut de son paiement arrivant à échéance d’une dette qui s’élève à 92 milliards de dollars près, soit environ 170% de son PIB, selon l’agence internationale Standard and Poor’s (S&P).
L’effondrement de la livre libanaise en face du dollar, qui a commencé par un taux de 25% a atteint près les 93% . Un marché noir des échanges monétaires s’est établi après que les banques avaient fixé la valeur de la livre à 3,900 L.L par dollar américain. Les déposants n’avaient désormais plus accès à leurs comptes, et ne pouvaient qu’en retirer une petite somme sur les 3,900 livres quand la valeur réelle du dollar dans le marché atteint les 20,000 L.L. Ce qui fait que pour s’acheter du pain, un déposant est contraint à accepter un chapardage de 80.5% sur le dollar. C’est ainsi qu’un haircut de 80.5% s’est automatiquement légalisé par la force d’une mafia politique au pouvoir. Par conséquent, quelques mois plus tard, les commerçants, n’ayant plus capable de répondre à la demande, à cause de la grande volatilité de la livre et du dollar finissent par fermer leurs locaux. Cela touche tous les secteurs commerciaux, les produits alimentaires, pharmaceutiques ainsi que les stations d’approvisionnement d’eau, de gaz et d’électricité, de pétrole et des matières premières. L’inflation a atteint un taux de 88.18% selon Statista. Une baisse spectaculaire des salaires a été enregistrée, et le citoyen libanais n’avait plus accès à rien. Le chômage et la pauvreté se sont installés, touchant plus de la moitié de la population selon l’Escwa.
Il n’est possible de lire et de comprendre les causes de l’effondrement économique libanais sans préciser quelle en est la cause, qui, en premier lieu est directement lié à la structure du système économique basé sur les services financiers et immobiliers, et puis à l’importation massive. Il s’agit d’un État rentier, qui n’a pas une de fortes structures économiques. En effet, l’économie libanaise était toujours jusque-là une économie de service et se basait sur le secteur touristique. Depuis la fin de la guerre civile, les gouvernements en place n’ont pas réussi à développer aucun secteur économique ni à effectuer des reformes de ce genre, si l’intention a peut-être existé une fois. Le Liban était toujours captif de grandes divisions politiques internes puis tiraillé aussi entre l’Orient et l’Occident, ne présentant qu’un champ de bataille de forces étrangères sur son terrain.
Le Liban qui avaient autrefois des relations ouvertes et diplomatiques avec un grand nombre de pays, n’est plus un oasis économique et touristique comme il l’était auparavant. Depuis 2011, avec le début de la guerre syrienne et l’implication du Hezbollah en Syrie, le pays fait face à une grande récession, il y a de moins en moins de devises étrangères qui circule dans le pays, en conjonction avec un besoin croissant pour le dollar. À titre d’exemple, entre 2008 et 2011, les devises étrangères provenant de l’extérieur sont estimées à une montant de 57 milliards en dollars de dépôts bancaires, tandis qu’entre 2011 et 2015, le déficit cumulé équivalait 25 milliards de dollar américain. Cela a été aussi accompagné de crises politiques internes, un long vide présidentiel et une absence totale d’un gouvernement responsable pendant plus de deux ans et demi. En 2016, l’économie libanaise rendait son dernier souffle, c’était le moment propice pour un plan d’évacuation, et c’est à ce moment-là que le gouverneur de la Banque centrale du Liban, Riad Salamé, a alors procédé à la soi-disant « ingénierie financière » grâce à laquelle il a obtenu des devises étrangères sur quatre ans et des milliards de dollars au profit du secteur bancaire.
Cette réalité économique s’accompagnait d’une réalité politique qui n’était pas meilleure, puisque le gouvernement en place n’était pas en mesure de développer des stratégies économiques pouvant lutter contre la situation, ni de les mettre en œuvre. La banque centrale du Liban a cependant publié des circulaires afin de réduire l’impact de la crise sur les Libanais, il s’agissait de la seule action entrepris par l’État. Ces décisions ne pouvaient lutter contre la crise que sur un court terme. Le gouvernement du Hassan Diab, quant à lui, a annoncé la cessation du paiement des euroobligations en 7 Mars 2020, dans un contexte international de récession économique mondial et en début de la crise sanitaire mondiale du Coronavirus.
La banque centrale a procédé finalement à imprimer de la monnaie pour combler le déficit financier, ce qui a conduit à l’effondrement des cours de la livre libanaise.
L’économie libanaise n’a jamais connu de telle crise, il s’agit de l’une des crises les plus pires dans le monde depuis 1850 selon la Banque mondiale.
Le Liban n’est pas en mesure de faire face à cette crise, puisque les politiques économiques des gouvernements successifs depuis trois décennies, n’avaient aucunes perspectives. Enfin, le drame de la double explosion au port de Beyrouth le 04 aout
2020, qui a fait 214 morts et plus de 6500 blessés vient s’ajouter à la série de crises qui frappe le Liban et les Libanais depuis 2020.

*Journaliste et chercheuse en relations internationales.

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